Les débuts de la navigation, des origines jusqu'à l'Antiquité
par M. François Duval
Le 12 avril 2010
 
Les premières tentatives pour se maintenir sur l'eau furent peut-être de se cramponner à ce qui flotte, branche, tronc... mais ceci ne relève pas de la navigation ! En revanche, le radeau construit de plusieurs éléments flotteurs tels que roseaux assemblés, petites branches, voire rondins, le tout couvert de peaux ou de tout autre matériau, semble être la base d'une navigation encore rudimentaire mais déjà concertée.
 
Les premiers radeaux ont dû subir les avaries inhérentes à leur conception, telles que dislocation et dispersion des éléments ; toutefois leur principe et leur technique de construction permettaient une évolution régulière et continue : augmentation de la flottabilité, amélioration de la stabilité, meilleure tenue par croisement des rondins, protection contre les projections d'eau par des rebords, étanchéité relative par un calfatage de plus en plus efficace, affinage des matériaux par un meilleur dégrossissage, amélioration de la pénétration dans l'eau, de la propulsion et du contrôle de la direction, enfin profilage des extrémités de la "boîte rectangulaire" d'origine pour en arriver à ce qui deviendra peu à peu une vraie coque.
 
A ce titre, que faut-il penser de l'Arche de Noé ? Si l'on s'en tient à l'aspect technique, et laissant de côté la mythologie, la description de la Genèse illustre la transformation du radeau d'origine : la longueur de la coudée hébraï que donne une longueur de 71 mètres, 28 de large et 17 de haut avec quatre étages. Le déluge (non pas universel mais localisé) situé aux environs de 2000 avant notre ère, ou vers la fin du troisième millénaire, dates généralement acceptées par les théologiens et les spécialistes de la Bible, concerne une époque où la navigation était déjà très avancée. En effet, les Crétois parcouraient la Méditerranée et la Mer Noire sur des navires à deux mâts et onze paires d'avirons tandis que les Egyptiens organisaient des expéditions maritimes mille ans avant la guerre de Troie.
 
L'origine du navire est donc très certainement à rechercher dans le radeau plutôt que dans la pirogue monoxyle ; le radeau, perfectionné à travers les âges et bénéficiant d'une évolution continue, était destiné à acquérir la robustesse nécessaire à une véritable navigation maritime. La pirogue monoxyle, postérieure puisque faisant appel à une technologie avancée à base d'outils de silex et de métal, et de feu, avait au départ des dimensions limitées et des possibilités d'évolution plus restreintes. Les gisements néolithiques et les cités lacustres livrent certes des restes plus nombreux de pirogues que de radeaux, mais c'est en raison de la structure massive des pirogues.
 
Des objets aussi insignifiants qu'un clou ou une ferrure sont significatifs d'une évolution, mais l'archéologie ne se limite pas à des vestiges matériels, elle concerne aussi la vie quotidienne, les pensées et croyances : le bateau révèle ainsi une dimension sociale et culturelle, il est le produit de l'ingénierie humaine, complexe et perfectionnée, résultant du savoir-faire transmis ou acquis sur plusieurs générations. Le bateau a constitué un facteur de peuplement ancien comme le montrent les vestiges retrouvés, qui attestent d'une diffusion de la production néolithique 50 000 ans avant notre ère. Il est donc un marqueur de civilisation.