Opération OTARIE
Projet du débarquement allemand en Grande-Bretagne
Été 1940
par M. Henri Krainick
Le 15 février 2010
 
La guerre éclair engagée par les armées allemandes dès septembre 1939 en Pologne s'achève fin juin 1940 avec l'occupation des côtes norvégiennes, danoises, hollandaises, belges et surtout françaises de Dunkerque à Hendaye. D'où le climat euphorique des Allemands ; Il ne reste qu'un seul adversaire, l'Angleterre, en état de faiblesse sur le plan militaire, sauf la Royal Navy.
 
Courant juillet 1940, HITLER propose nommément à CHURCHILL un règlement de paix, qui sera refusé. Dans le même temps, il envisage de mettre hors combat l'Angleterre par son Instruction n°16 du 16 juillet.
Par cette Instruction, HITLER demande aux chefs des armées de terre, de l'air (Luftwaffe) et de la Kriegsmarine, d'étudier un plan d'invasion et d'occupation de l'Angleterre indiquant la répartition des moyens, la définition des objectifs, les délais nécessaires et les dates d'invasion.
 
 
Les grandes lignes du projet d'invasion "Otarie" :
 
Les zones d'embarquement s'étendent d'Ostende à Cherbourg.
La majorité des forces à transporter se situe d'Ostende à Boulogne - à destination de Ramsgate à Bexhill - et une partie moins importante, au départ du Havre et de Cherbourg pour protéger la partie ouest de l'opération sur Lyme.
 
Les forces d'invasion seront transportées en 4 vagues sur les plages, l'assaut direct sur les ports étant exclu en raison des défenses côtières adverses.
Les prévisions concernant les effectifs sont d'environ 350.000 hommes.
 
Quant aux moyens de transport, domaine de la Kriegsmarine, ils devront provenir de réquisitions de bâtiments civils à 90% fluviaux, en l'absence de moyens militaires appropriés ; selon les calculs, il faudrait environ 3.000 bâtiments.
Les 2/3 des moyens de transport doivent être rassemblés dans les ports français, de Dunkerque à Cherbourg.
 
L'aviation doit mettre en ligne environ 1.250 bombardiers + 350 bombardiers en piqué et 1.200 chasseurs, tous appareils modernes avec des pilotes expérimentés.
 
 
La date retenue pour l'invasion est le 14 septembre compte tenu du délai nécessaire pour l'entraînement des exercices d'embarquement et de débarquement. Dans la réalité, ce délai est notoirement insuffisant, voire irréel.
La première vague nécessitant environ 1.700 bateaux, devra comprendre 90.000 hommes. Cette force devra établir une tête de pont de 150 km de long et 25 de large, de Ramsgate à Bognor Regis.
La deuxième vague, une semaine après, devra agrandir la tête de pont (1er objectif) et les deux vagues suivantes poursuivront l'invasion du territoire conquis jusqu'à la moitié sud de l'Angleterre.
 
Dans la zone occupée, sera mis en place un gouvernement militaire contrôlant entièrement la vie économique et les médias, et appliquant la loi martiale.
Parallèlement, sera instauré le régime policier de la Gestapo et des S.S., au nom de la sûreté intérieure et de la protection des forces d'occupation, c'est-à-dire ouverture de camps de concentration, arrestations, liquidation totale des juifs à partir de listes datant de 1938.
 
 
Durant cette période de préparation planifiée en juillet-août 1940, l'Angleterre paraissait à la fois faible et pleine d'atouts :
 
- L'armée de terre ne disposait que de 3 divisions d'infanterie, 1 blindée et 1 motorisée mais toutes entièrement équipées et opérationnelles ; par ailleurs, les 350.000 hommes du corps expéditionnaire britannique ramenés en Angleterre, plus les 500.000 conscrits en formation, sans oublier les volontaires de la "Home Guard", soit 500.000 hommes - y compris les forces secrètes de l'armée Gubbins - représentaient un potentiel d'importance.
- La volonté de se battre et la mobilisation des énergies pour la défense côtière étaient autant d'atouts.
- En ce qui concerne l'aviation, la R.A.F. pouvait aligner seulement 650 chasseurs modernes (Spitfire, Hurricane) et 400 bombardiers modernes à comparer avec les 2.500 avions de la Luftwaffe ; le grand problème pour la R.A.F. était le nombre insuffisant de pilotes de chasse entraînés.
- La Royal Navy était presque intacte, toujours redoutée de la Kriegsmarine mais elle se trouvait répartie entre ses bases : d'une part la "Home Fleet", d'autre part l'Atlantique Nord pour protéger ses lignes de communication contre les sous-marins et les raiders allemands, sans oublier la Méditerranée.
- Enfin, les espions allemands étaient "contrôlés" par les services britanniques et l'aide de spécialistes français, polonais, tchèques, pour décrypter le code "Ultra" et utiliser la machine "Enigma" s'avérait des plus précieuses.
 
Tous ces préparatifs allemands furent stoppés net par tout d'abord le report de l'invasion le 21 septembre, puis l'abandon pur et simple de l'opération "Otarie" le 12 octobre, afin de ses concentrer sur le plan "Barbarossa" contre la Russie.
 
Cet abandon se justifiait par :
  . l'improvisation,
  . le manque de temps,
  . le manque de moyens appropriés,
  . le manque de coordination,
  . la méconnaissance des uns,
  . l'arrogance des autres,
et des visions stratégiques et tactiques non adaptées.
 
En conclusion, la remarque de CHURCHILL résume bien l'enjeu de l'opération :
"En 1940, une force d'invasion de 150.000 hommes choisis, entraînés et équipés, aurait pu faire des dégâts mortels au cœur de l'Angleterre".